Lorsque nous sommes arrivés auprès d’elle, Clémence dormait. Une fièvre ne la lâchait pas depuis le matin : 38,4°. Elle était nue dans sa petite couche, cintrée d’un boléro qui m’appartenait, avec lequel les infirmières l’avait recouverte assez haut près du cou, afin qu’elle retrouve mon odeur.

Avant de pénétrer dans la salle, un médecin nous obligea à porter un masque. Ses globules blancs avaient chuté. Ils craignaient le risque d’infection.

JpEtClemence

Pour moi qui suit tactile et olfactive, cette nouvelle frustration me désempara un peu. Embrasser son enfant à travers un masque hygiénique, même si votre raison admet la règle, cela rajoute encore à l’inquiétude diffuse dans laquelle vous baignez depuis déjà trop de jours et de nuits.

Et puis pourquoi cette fièvre soudaine ? Des résultats de prélèvement sanguin datant de son arrivée aux urgences venaient de tomber : ils nous apprirent qu’en plus d’avoir contractéRea_Clemence_10 le staphylocoque doré, Clémence hébergeait un autre virus : un streptocoque que personne n’attendait. Les médecins venaient de changer, en toute hâte, son antibiotique pour s’attaquer à ce nouveau venu.

Bien que cliniquement, elle donnait l’air d’aller beaucoup mieux, l’arrivée de ce nouveau virus, la chute de ses globules blancs et cette fièvre diffuse nous cassèrent un peu le moral.  Mais il suffisait de regarder autour de nous pour voir que des plus petits qu’elle, étaient sous aide respiratoire où de gros masques lourds mangeaient leurs visages. Ca aidait à relativiser notre chagrin.

Lorsqu’elle s’éveilla, elle eut peu de peine à nous reconnaître. Pour la première fois, deux beaux yeux clairs s’agitaient dans tous les sens et suivaient le moindre de nos mouvements.
Les vilaines tâches qui lui entouraient le cou la veille, avaient disparu dans la nuit. Et les dernières boursouflures sur son visage avaient fini, elles aussi, par disparaître.

Nous sommes restés plusieurs heures à la regarder, à lui sourire et à lui parler. Nous avons fait quelques photos aussi. Je crois qu’elle a bien compris tout cela.

Le grand cadeau du jour fut de l’allaiter. Un vrai moment de bonheur qui fit reculer ma frustration de ne pas pouvoir l’étreindre. A partir de maintenant, elle reboirait de mon lait.

ClemenceEtMoi_2Rea_Clemence_7
Rea_Clemence_8

Chacun à notre tour, nous l’avons prise dans nos bras pour de longs câlins. Nous avions apportés un doudou, quelques photos et dessins de Marie-Lou que nous avons accroché autour de son petit lit aquarium.

Cette journée fut douce-amère. Dehors le soleil et la chaleur printanière nous invitaient à reprendre courage.

Solène, la jeune pédiatre qui vînt à notre rencontre nous parla aujourd’hui comme une d'étape importante : à 18 heures, il était décidé d’interrompre tous les apports en sels minéraux dont elle continuait de bénéficier depuis son arrivée à Bicêtre. Nous savions que cela signifierait qu’elle devrait reprendre son autonomie et se battre pour que sa formulation sanguine se maintienne de la même façon qu’elle avait été corrigée. Allait-elle en être capable au moment où ce streptocoque était présent dans son corps, que la fièvre ne descendait pas et que son taux de globules blancs était toujours faible ?

Rea_Clemence_9

Je la quittais beaucoup plus angoissée que la veille mais je savais que cette décision était importante et devait être prise pour passer à l'étape d'après, plus douce, qui la transporterait dans un service pédiatrique classique où d'autres examens seraient réalisés.